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Ici et ailleurs : La carrière des femmes ingénieures : espoirs et désillusions

Même si les attentes et espoirs des femmes ingénieures sont les mêmes que celles des hommes, leurs carrières sont très dissemblables.

Les femmes subissent une discrimination au sein de la sphère professionnelle en général. Et le domaine de l'ingénierie n'échappe pas à la règle. L'entreprise est un monde d'hommes où les femmes conservent le statut de minorité. L'organisation du travail et ses méthodes ont été établies selon les besoins des hommes, sans tenir compte de la présence des femmes. Ces dernières reconnaissent aisément qu'il est difficile de se faire accepter en tant que femme et qu'elles se heurtent à un environnement machiste très stéréotypé tant du côté de la hiérarchie que de leurs collègues de travail. En plus, elles gagnent moins que leurs collègues masculins et occupent très rarement des positions élevées dans l'entreprise.

Le problème fondamental qui se pose à toute femme ingénieure diplômée est comment parvenir à concilier leur vie personnelle et professionnelle aux différents moments clés de leurs carrières: l'accession au premier emploi, la maternité, les contraintes dues à la gestion des doubles carrières[1], la promotion et la mobilité. Concernant le premier emploi, les entreprises disposent d'un large éventail de stratégies et de raisons pour recruter les femmes ingénieures, certaines mettent en œuvre des « bonnes pratiques » comme les programmes d'initiation pour familiariser les nouveaux employés aux valeurs et à la politique de l'entreprise ou l'encadrement des jeunes recrutés par des professionnels expérimentés. Il y a une corrélation entre la pratique d'une politique d'initiation et des programmes de formation et le succès des femmes ingénieures dans leur premier emploi.

La discrimination apparaît souvent lorsque se pose la question des promotions. Les « bonnes pratiques » exigent que les critères de promotion utilisés par l'entreprise soient objectifs, transparents en termes de genre et largement connus car c'est à partir de là que les carrières des femmes divergent de celles des hommes.

La maternité est aussi un moment clé dans la carrière des femmes ingénieures car elles la subissent dans certains cas comme un problème qui se surajoute aux difficultés déjà rencontrées dans leur travail. Les entreprises exercent quelquefois une pression sur les mères de famille et leur proposent des aménagements de poste : télétravail, mi-temps, flexibilité des heures...qui freinent - ou condamnent- leur carrière.

Enfin, le phénomène des doubles carrières est un point difficile à gérer dans les couples et dans la carrière des femmes ingénieures. Si certaines entreprises trouvent des solutions satisfaisantes d'un point de vue pratique, celles-ci pénalisent les femmes à différents niveaux (difficultés d'organisation, pression sociale).

Les femmes ingénieures ont le même degré d'implication dans leur métier, la même ambition, les mêmes objectifs que leurs collègues hommes. Elles ont juste une conscience plus affirmée de l'équilibre qu'elles doivent trouver entre vie professionnelle et vie personnelle. Les stéréotypes perdurent ! Et ce, en dépit des exemples de réussite qui existent. Aussi, la question de la promotion, trop souvent liée à celle de la mobilité reste un problème insoluble encore aujourd'hui. Le « plafond de verre » est une réalité pour les femmes ingénieures. Mais la présence des femmes dans le monde de l'ingénierie est nécessaire et doit s'accentuer.

Une étude coordonnée par la CDEFI (Womeng, 2006) a permis d'identifier un certain nombre de facteurs qui facilitent le maintien des femmes dans la sphère professionnelle :

  • > La motivation et le goût du métier exercé
  • > Les « role models », la possibilité de s'identifier à des exemples de réussites féminines
  • > Un environnement de travail cordial et non sexiste
  • > La flexibilité des horaires et des tâches à accomplir
  • > Les réseaux professionnels et le « mentoring »
  • > Une politique volontariste de l'entreprise mettant l'accent sur la diversité
  • > Une confiance en soi accrue
  • > Un bon sens de la communication

Le succès professionnel se prépare dès l'école. Grâce aux actions de plusieurs associations, des femmes ingénieures dans l'exercice de leur profession conseillent aux filles élèves-ingénieurs de multiplier leurs expériences au sein d'entreprises et de tout faire pour intégrer des réseaux influents, deux facteurs nécessaires à la construction d'un parcours professionnel prestigieux.

[1] Lorsque les deux partenaires du couple suivent un parcours professionnel

Article publié par Yvonne Pourrat, coordinatrice des projets européens Womeng et Prometea.

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