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Regards croisés : formation & métiers

Etre superintendant chez Boskalis

Julie Tallot, élève de troisième année en Architecture Navale et Offshore, vient d'effectuer une année d'immersion chez BOSKALIS, armateur hollandais de 800 équipements spécialisés dans le dragage.

En tant que « Superintendante », elle a pris part à la préparation, à l'organisation et au pilotage des réparations et arrêts techniques de navires notamment, en Namibie, celui de l'Argonaut 1, une drague de 86 mètres, au côté d'un superintendant chevronné : Dennis. Elle a participé ainsi à 6 projets de 1 à 14 semaines en Europe, Asie et Afrique. Malgré une indemnisation très modique,

elle est aujourd'hui riche d'une expérience opérationnelle irremplaçable !

6h15 : Walvis Bay, le chantier, les mails. Monica a enfin expédié le roulement de la pompe principale ; j'ai passé l'ordre d'achat il y a trois jours mais avec la coupe du monde, les vols « fret » sont très rares. Les dossiers des quinze hollandais qui viennent souder les «pipes» sont complets : visas,

autorisation de travail... J'ai l'habitude maintenant. Météo : pas de tempête de sable qui interdit les vols ; je peux attendre les aléas de la journée avant de corriger le planning.

7h00 : en bleu de travail (orange !), chaussures de sécurité, lunettes, casque, je rejoins l'Argonaut 1, une drague à clapets, au sec sur dock, pour un entretien périodique de mi-vie, au chantier EBH Namibia ; l'équipe de nuit finit de souder des virures, à bâbord : ressuage cet après-midi avec Tim, le contrôleur du chantier. A bord, Dennis, comme tous les matins présente à l'équipage les travaux du jour : « Dépose des safrans et des mèches, soudure d'un placard sur la coque, dépose des auxiliaires du moteur pompe principal ; la révision commence demain... Et n'oubliez pas les casques, les harnais et les consignes de sécurité ! ».

9h00 : échafaudages et grue sont clairs, le premier safran est démonté. Je l'emmène à l'usinage, en ville ; il faut reprendre la planéité des brides et bâtir le mode opératoire avec le responsable de l'atelier. C'est un peu cher mais ce sera fait en deux jours ; mieux que ce qui était prévu !

11h30 : à bord, dans le local barre, calme plat... L'équipe ne sait pas démonter les mèches ; je cours au bureau, trouve les plans, les analyse et reviens avec la solution ; Craig, le chef d'équipe, est là mais les ouvriers sont partis ; trop tard pour commencer : il est 12h 30, la pause déjeuner du chantier. Profitant de cette accalmie, au bureau, je réclame les certificats des travaux terminés, pour avancer le rapport hebdomadaire dont Dennis m'a confié la rédaction (j'y explique les évolutions du coût et du planning) ; avec Berthie, l'estimateur du chantier, je négocie l'installation d'une grue sur le pont puis, au côté de Dennis, l'échange de la peinture de la salle des machines contre la remise à neuf de certaines parties du pont.

13h30 : de nouveau dans le local barre ; les mèches se démontent comme je l'ai préconisé ; ouf ! Ce rythme a duré 8 semaines. Comme neuve, la drague a repris ses activités à la date prévue (ou presque). Dix jours plus tard, j'étais à Singapour dans l'équipe qui allait contrôler la construction d'un « Rock Dumping Fall Pipe Vessel ».

L'entreprise : témoignage de Marjolaine Mitaut, diplômée de l'ISTOM


Comment s'est passée votre entrée dans le monde l'entreprise ? (je nuancerai, n'étant pas dans une entreprise mais dans la vie active)

Mon entrée dans la vie active s'est révélée particulièrement intéressante et positive en général. Ma première expérience après l'école a été au Nigéria. Je gérais  le Fonds Social de Développement mis en place par le Ministère des affaires étrangères français. J'ai été accueillie dans une équipe constituée essentiellement d'hommes français et également nigérians. Il s'agissait bien souvent de diplomates, d'hommes politiques ou de personnes engagées civiquement. Bref, être un (ou une) jeune dans un milieu professionnel constitué de personnes à hautes responsabilités ne facilite pas la crédibilité. Et pourtant, je garde un très bon souvenir de mon intégration. Etre une femme, avec un minimum de caractère peut être un atout dans une équipe constituée essentiellement d'hommes ! L'inverse (un homme dans une équipe de femme) serait également probablement vrai !  

Etre une femme m'a également permis d'entrer dans des villages musulmans et d'instaurer facilement un échange et une confiance avec des femmes qui ont rarement l'habitude de se montrer en public et encore moins de côtoyer des acteurs étrangers.  Etre de genre féminin peut permettre d'aborder des sujets avec peut être plus de diplomatie. 


Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles qui hésitent à s'engager dans une formation d'ingénieur ?

Je ne vois aucune limite à devenir ingénieur en étant une jeune fille, pas plus qu'un jeune homme. Les effectifs d'écoles d'ingénieur se féminisent d'ailleurs de plus en plus à mon sens ; à croire que les filles auraient peut être plus de motivations et de prédispositions à gérer une équipe, à coordonner différentes activités?! 


Femme et ingénieur, une équation qui fonctionne selon vous ?

Femme et ingénieur est une équation qui s'équilibre parfaitement, bien sûr ! L'expérience le prouve. De plus en plus de jeunes femmes sont chargées de projets et assurent le lien primordial entre des notions techniques, économiques et également sociales, humaines et j'en passe. Pour appréhender un projet dans sa globalité, il est nécessaire d'adopter une analyse transversale des problématiques. (C'est le rôle de l'ingénieur). Une femme, de part son instinct maternel fait probablement davantage preuve de sensibilité et d'écoute qu'un homme ; en général. Avec une rigueur d'analyse et un esprit synthétique, la femme n'est dû fait pas écarté d'un métier d'ingénieur, au contraire !

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